Archive for novembre 2009

accueil

02/11/2009

14

J’aime m’identifier au moine Nestor, copiste du Moyen Age qui écrit, écrit, écrit encore. Je transcris, transcris, transcris encore j’opère un travail alchimique de transformation de l’écriture en geste pictural. Dans un livre d’occasion, je transcris,à la main, mot à mot, le texte intégral d’un ou de plusieurs livres. Je le transcris entre les lignes, sur les lignes, dans les marges, à l’horizontale, à la verticale, à l’oblique. Je sature le texte imprimé de texte manuscrit…Silence.

Il faut voir ce Nestor. Il est dans sa cellule avec ses livres et ses papiers. Assis comme un homme qui aime s’asseoir, la tête dans son capuchon, le nez sur la table, il écrit [je transcris]. Tout le pays alentour est livré au massacre et à l’incendie. Les flèches obscurcissent l’air. Le couvent même de Nestor est si furieusement assailli que des pans de murs s’écroulent de toutes parts. Le bon moine écrit [je transcris]. Sa cellule épargnée par miracle reste accrochée à un pignon comme une cage à une fenêtre … il écrit [je transcris] encore. (Anatole France)

Le créateur ne se demande pas s’il est ou non artiste. Il est mu par la nécessite du faire, d’opérer la geste pour se donner une emprise sur le monde qui est toujours une méprise, une échappée, l’obligation d’un éternel recommencement. L’activité créatrice décuple les raisons d’être et de vivre, les manières d’être et de vivre. …Silence.

La création naît du besoin de briser la forme pour la reconstruire au risque de la perdre. Silence. Dans notre Moyen Age contemporain, nous voilà, j’ose l’espérer, une confrérie nestorienne, nous travaillons en sourdine à la percolation du monde.

Publicités